C l u B T h o r a x
Historique
Héritage

Chroniques thoraciques : Des cafés-croissants de 1973 à l'horizon numérique.

Le Club Thorax a émergé dans un contexte de rénovation du radiodiagnostic en France, suite à l'ordonnance de 1958 qui a restructuré les CHU et favorisé la création de postes universitaires dédiés. Dès les années 1960, un groupe de pression politique a permis la nomination de 30 maîtres de conférences agrégés en radiodiagnostic, marquant le passage d'une "électroradiologie" regroupant plusieurs domaines à des spécialités d'organe comme le thorax. Le club, informel au départ, s'est réuni 5 à 6 fois par an, principalement à Paris (aux Enfants Malades, à l'hôpital de la Cité Universitaire ou à Ambroise-Paré), le samedi matin de 9h à 13h. Les séances, tenues "à la bonne franquette" autour d'un café-croissant, impliquaient la présentation de dossiers cliniques (radiographies, angiographies), des discussions et des corrélations anatomopathologiques, avec duplication des images pour les participants. Ces échanges ont nourri des publications et des enseignements, influencés par des événements comme les Semaines de radiologie thoracique à Davos dès 1970, qui ont révélé aux membres les avancées nord-américaines (Felson, Heitzman) en séméiologie pulmonaire.


Au fil des années 1970-1980, le club a contribué à la diffusion d'une nouvelle séméiologie basée sur les corrélations anatomiques, histologiques et physiologiques, via des congrès comme les "Actualités en pneumo-radiologie" à Grenoble en 1972. Il a joué un rôle clé dans l'autonomie du radiodiagnostic face à la radiothérapie et dans les échanges interdisciplinaires avec les pneumologues. Dans les années 1980, il s'est élargi à de nouveaux membres (comme JP Sénac, J. Giron, P. Lacombe, MF Carette, P. Grenier, M. Brauner), tout en évoluant vers plus d'internationalisation. Depuis 2008, en tant qu'association formelle, il se réunit mensuellement à Boulogne, promeut l'imagerie thoracique via des publications (imprimées ou digitales) et des interventions lors de congrès en France et à l'étranger. Il aborde des thématiques comme l'oncologie pulmonaire, les nodules et les pneumopathies interstitielles. En 2025, son congrès annuel est prévu les 12-13 septembre à La Grande-Motte.

Pr Max Coulomb
Origine du club thorax (1970-1980)

Souvenirs sur les origines

Le Pr G.Ferretti et le Dr G.Durand m'ont demandé de rassembler mes souvenirs sur les origines du Club Thorax, du début des années 1970 jusqu'en 1980. C'est bien volontiers que je souscris à leur demande, mais avec les réserves d'usage sur les oublis, les erreurs ou les exagérations que l'on est amené à commettre dans ce type de récit, sorti des replis d'une âme aussi oublieuse que nostalgique de moments qui furent exceptionnels.

Ce club informel réunissait à ses débuts moins d'une dizaine de personnes, toutes issues du milieu hospitalo-universitaire. Nous en ferons au préalable une brève présentation :

Jacques Rémy, agrégé fraîchement nommé à l’hôpital Calmette de Lille, m'apparut vite comme la tête d'affiche du club. Auréolé par ses performances dans le domaine de l'artériographie bronchique et bientôt de l'embolisation thérapeutique, il était servi par une volonté à toute épreuve et une puissante mémoire qu'il mettait au service d'une lecture exhaustive de la littérature nord-américaine et européenne, non seulement radiologique mais aussi médicale et chirurgicale sur le thorax. Il avait à sa disposition un index de classement qui lui permettait de réunir iconographie et publications correspondantes. Chaque cas qu'il présentait illustrait une publication récente de l'AJR, de THORAX ou de RADIOLOGY. Son recrutement était exceptionnel. Il était en avance sur la plupart d'entre nous et je ne cache pas qu'il fut pour moi un exemple auquel on pouvait se référer sans oser pour autant se comparer. Notre sincère amitié s'est diluée au galop du temps mais rien n'a changé pour moi à son endroit.

José Rémy était notre Ancien, marqué par sa formation médicale acquise au moment où sa Lorraine natale se trouvait sous le joug du Germain. Sa collection de sémiologie thoracique, nourrie par la lecture approfondie de l'ouvrage de Benjamin Felson, était irremplaçable. Je me souviens d'une visite de courtoisie que je lui avais rendue à l’hôpital de la Cité Universitaire, au cours de laquelle il me fit plancher sur une lyse costale accompagnant une masse ganglionnaire du médiastin chez un étudiant algérien. Il s'agissait bien sûr d'une tuberculose, mais à cette époque je l'ignorais ! Son enthousiasme était inépuisable et entraînant, les anecdotes sur sa vie hors du commun l'étaient tout autant. Venu un jour chez moi, il me surprit en remettant en marche une pendule à cordonnet de 1830 ! Elle fonctionne encore parfaitement.

Jacques Caron, de formation lilloise, avait été nommé au CHU d'Angers, accompagné de sa jeune épouse auquel elle succédera dans le service central de radiodiagnostic. Son décès prématuré nous plongea dans la tristesse. Comme beaucoup d'entre nous, il devait faire face à ses obligations locales de radiodiagnostic général avant de pouvoir se consacrer au thorax. Ce n'était pas le moindre de ses mérites dont il s'ouvrait auprès de ses amis avec un sentiment de regret qu'on percevait dans son regard chaleureux. Jacques aimait la peinture contemporaine, comme on put le découvrir à l'occasion d'un Club qui se tint dans cette capitale d'art et d'histoire.

Jean-Pierre Mabille était le responsable du radiodiagnostic à Dijon. Issu de la branche « Radiothérapie » de l'ancienne Electroradiologie, de formation parisienne, Mabille s'était mis au service du « Radiodiagnostic » avec ardeur car, à cette époque, la formation d’électroradiologiste permettait une telle mutation. Il était un expert des tumeurs osseuses.

Pierre Bernadac exerçait ses talents au CHU du Brabois à Nancy. Chaleureux s'il en fut, Pierre appelait l'amitié de ses mains, aidé par un extraordinaire accent du Sud-Ouest qu'il cultivait avec une intention non dissimulée dans sa ville bourgeoise d'adoption. Il me surprit lorsque je le vis, pour la première fois, au volant de sa Porsche 911. Voulait-t-il suivre l'exemple du Président Pompidou, qu'il se plaisait parfois à imiter ? Pierre avait l'avantage de travailler auprès d'un des maîtres de la pneumologie de l'époque, le Pr Paul Sadoul, pionnier de la physiopathologie respiratoire, formé à l'école américaine, très orienté dans les domaines des BPO et des maladies professionnelles. Son recrutement dans ces domaines était inépuisable. Il était en même temps un grand ami de Michel Geindre, ce qui consolida notre amitié.

Denis Lallemand nous montrait le thorax pédiatrique qu'il partageait avec Jacques Rémy, pour notre profit à tous sur le congénital. Il était l'héritier spirituel du Pr Sauvegrain et avait été nommé aux Enfants Malades (Pr Lefbvre) après un séjour aux E.U. Je me souviens encore de l’accueil qu'il réserva au jeune provincial à l'occasion de sa première venue au Club Thorax. Sa gentillesse, servie par une voie basse et chaleureuse, me rassura pour la suite. Il était le seul à pouvoir présenter des dossiers pédiatriques d'une telle qualité.

Victor Bismuth était chef de service à Ambroise Paré, hôpital récent et de taille moyenne. Je fus tout étonné de retrouver ce monument de la radiologie que j'avais visité pierre après pierre, au cours de la préparation du CES national de radiologie (passé en 1968, au terme de l'internat en médecine). Victor était en effet un auteur très apprécié de questions de radiodiagnostic, sur le modèle des questions d'internat, qu'il publiait dans les revues spécialisées. Une génération d'âge nous séparait mais son abord était simple et sa parole rassurante. Très rapidement, je pris la mesure de ce que représentait cette forte personnalité, amateur de musique et d'opéra qui, à elle seule, mais avec d'autres qu'il savait fidéliser, édifia ce que sont devenues les Journées de Radiologie. En peu de temps nous parvînmes à rédiger ensemble le délicat chapitre de la séméiologie pulmonaire du traité de Fischgold, dans le tome I des affections thoraciques, qui parut en 1977 chez Masson ed.

Pour la première fois, on dévoilait aux lecteurs français tous les secrets pré scanographiques des syndromes alvéolaire et interstitiel et de bien d'autres expressions des affections du poumon d'après la seule lecture d'une radiographie standard HT, appuyée ou non de plans tomographiques. De nombreuses corrélations histologiques illustraient notre propos. Mais comme nul n'est prophète dans son pays, surtout en France, commençait une véritable dérive sémantique chez les nouveaux utilisateurs de ce nouveau vocabulaire, alimentée par une mauvaise compréhension et de réelles difficultés d'analyse sémiologique, que nous avions pourtant soulignées dans un paragraphe spécial.

Une décennie allait encore s'écouler avant que l'on découvre « les secrets du lobule pulmonaire » sur des coupes HRCT. Mais ces secrets, HR Heitzman nous les avait amplement dévoilés, dés 1970, sur des radiographies de pièces anatomiques entières et débitées en tranches plus ou moins fines. Nous connaissions, dès cette époque, l'aspect des lésions histologiques élémentaires et nous avions, de façon intuitive, la possibilité de nous représenter ce qu'elles produiraient sur le récepteur analogique (film radiographique) après passage à travers le volume du thorax et après les effets bien connus de sommation et soustraction d'image. C'est sur les corrélations anatomiques, histologiques et physiologiques que reposait l'avance des Nord-Américains. Nous adoptâmes alors leur méthode et combien de fois nous fîmes appel aux images des ouvrages de Heitzman ou à des préparations anatomo-pathologiques pour comprendre les aspects HRCT. On ne devrait pas franchir impunément les étapes technologiques car chaque étape est un jalon du savoir qui contribue, s'il est fondé scientifiquement, à éclaircir les inconnues de l'étape suivante. On ne devrait pas négliger la lecture d'une RT avant de réaliser un scanner.

Mon cher et regretté ami Michel Bléry accompagnait son maître V. Bismuth et c'est à cette époque que je fis sa connaissance. Il prit progressivement son relais au club où il présentait de magnifiques dossiers de pathologie traumatique, puisés dans son activité de l'hôpital de Garches. Il lui succédera plus tard au secrétariat de la SFR dont il assuma, avec talent et méthode, les lourdes charges. Il fut aussi l'éditeur des « Feuillets de Radiologie » et, à cette occasion, il ne manqua jamais de solliciter les membres du Club Thorax.

Comme je l'ai déjà dit, les réunions du Club rassemblaient des participants d'origines géographiques différentes. Il s'avéra que la capitale était le meilleur dénominateur commun. Cinq à six réunions annuelles se tenaient soit aux Enfants Malades, soit à l'hôpital de la Cité Universitaire soit encore à Ambroise Paré, plus rarement en province. Le déroulement de ces séances se faisait « à la bonne franquette », généralement debout avec une cigarette au bec, après le traditionnel café-croissant, dans le calme et sans précipitation malgré notre impatience naturelle. Après quelques mots de clinique, c'était l'affichage des films, quelques questions, puis les réponses diagnostic ou.. le grand silence en cas de dossier difficile. Venaient ensuite les explications du présentateur avec, à l'appui, un CR opératoire ou anatomique s'il s'imposait. Ces réunions se déroulaient le samedi de 9h à 13h, ce qui permettait, volens nolens, de passer une douzaine de dossiers.

La reproduction en autant d'exemplaires que de présents de chaque dossier nécessitait la présence d'un manipulateur du service que nous rétribuions généreusement en fin de séance. L'absent excusé recevrait ses dossiers de reproduction par la poste. Cette duplication concernait de grands formats ce qui nécessitait l'usage de contretypes et d'une contretypeuse. L'usage était d'apporter chacun une boîte de contretypes que nous « empruntions » à nos service respectifs ! Je m'aperçus alors que certains n'exposaient que des contretypes, alors que d'autres venaient avec les originaux de radiographies. La duplication de contretypes était médiocre et rendait souvent le dossier inutilisable mais, à cette époque, le clinicien d'un hôpital pouvait se montrer intransigeant sur la remise d'un contretype et pouvait exiger celle de l'original, ce qui revenait à priver le radiologue de son outil de recherche et d'enseignement ! C’était avant l’ère du numérique. Malgré tout, je n'ai jamais assisté à la moindre dispute, au moindre signe de mépris ou à la moindre manifestation égotique qui vienne rompre le plaisir d'être ensemble.

Un repas rapidement pris à la brasserie la plus proche clôturait ces réunions avant que nous prenions le train du retour. Dans la semaine qui suivrait, nous serions heureux de faire plancher nos élèves sur des dossiers inédits et de qualité, et de montrer au colloque de pneumologie les meilleurs de ces cas. Ainsi allait la transmission des connaissances avant l'internet et le digital, à la vitesse du train mais à travers de véritable relations humaines où chacun amenait sa part de peine et de contrainte. Nous avions la libre disposition de ces images pour notre enseignement et il arrivait parfois que l'un d'entre nous décide de rassembler plusieurs cas d'une même thématique pour rédiger une publication plus étoffée.

Nous étions donc moins de dix au début et ce n'est qu'au cours des années 1980 que vinrent nous rejoindre JP Sénac et J Giron, P Lacombe, MF Carette, P Grenier, M Brauner et bien d'autres, en même temps que, parmi les plus anciens, certains se faisaient plus rares au Club Thorax. C'est alors que les objectifs et le cadre des Sociétés d'organe allaient bientôt évoluer vers plus d'échanges, notamment à l'échelle internationale.

Les objectifs du Club Thorax à son origine furent spécifiques et c'est cela que je voudrais maintenant montrer en rappelant qu'ils furent étroitement liés à la mise en place du Radio-diagnostic. La création du Club Thorax s'est probablement faite à l'initiative de V. Bismuth qui était en même temps le responsable en titre de l'EPU à la SFR et l'interlocuteur du Pr Fischgold, le maître d'œuvre d'un traité de radiologie en cours de parution aux éditions Masson. Deux tomes étaient consacrés au thorax. Le Club Thorax participa à la rédaction des deux tomes qui parurent respectivement en 1977 et 1979. V Bismuth, J Remy, J Caron, P Bernadac et M Coulomb en étaient les auteurs. Le Club Thorax a donc fonctionné dès le début comme une cellule active et autonome en liaison avec d'autres structures : la SFR et sa branche EPU, le Comité de rédaction du Traité composé des principaux spécialistes d'organe, et le CERF.

Il existait autant de cellules actives que de spécialités d'organe. Par la communication et l'échange vivant de dossiers ces Clubs suscitaient une fusion des auteurs autour d'un objectif commun et alimentaient aussi les programmes annuels d'EPU. Quelle fut à cette époque la structure qui inspira et rendit possible cette politique nouvelle du Radiodiagnostic en France ? Ce fut le CERF (Conseil des Enseignants de Radiologie de France) qui, avec intelligence, subtilité et conviction assuma ce rôle de rénovation, en accord avec quelques personnalités convaincues de la SFR et l'aide des instances politiques. On me pardonnera de pénétrer dans les coulisses éloignées de l'histoire du Club, mais une brève digression est indispensable. Une bonne connaissance des faits historiques permet souvent d'éclairer les difficultés du présent et peut contribuer à leur trouver une solution.

L'ordonnance du 30 décembre 1958 est un texte fondateur qui a permis la création et l'organisation en France des CHU, qui a rénové en profondeur les études médicales et fait de la recherche en médecine une priorité. Qu'en était-il alors du Radiodiagnostic ? (car on ne parlait pas alors d'imagerie médicale). Cette branche d'activité n'était pas individualisée du point de vue universitaire et se trouvait regroupée avec la Radiothérapie et la Cancérologie, les Isotopes, l’Électrologie, la Physique médicale au sein de « l’Électro-radiologie », qui était devenue un empire aussi démesuré que fragile, au sein duquel toute possibilité d'évolution moderne se trouvait compromise. Le retard quantitatif en postes accumulé par le Radiodiagnostic, par rapport à l'ensemble des spécialités médicales et chirurgicales qui, elles, ne cessaient de croître, ne pourrait jamais être comblé !

C'est alors qu'au milieu des années 1960, un groupe de pression politique proche du pouvoir, convaincu qu'il y avait un déséquilibrage flagrant entre le nombre de postes hospitalo-universitaires des spécialités médico-chirurgicales et celui du Radiodiagnostic en activité et prévisible dans les nouveaux CHU récemment créés, réussit à provoquer une action de concertation entre le ministère de l’Éducation nationale et celui de la Santé. Il aboutit à la création exceptionnelle de 30 postes de Maîtres de Conférence agrégés (ancienne dénomination). Le recrutement s'étala à la fin des années 1960.

La nomination massive de ces nouveaux universitaires provoqua un changement rapide de l'Electro-radiologie « de papa ». Convaincus de leurs fonctions nouvelles au sein des CHU, ces jeunes professeurs, issus du concours de l'internat en médecine, ce qui les mettait au même rang que les médecins et chirurgiens des autres disciplines, se regroupèrent pour constituer une force de proposition et de renouvellement du Radiodiagnostic clinique. Leur but était de constituer, à l'image de la médecine et de la chirurgie, des spécialités d'organe qui seraient le gage de l'émergence d'un enseignement et d'une recherche dignes de ce nom, en même temps que d'une activité de soins adaptée aux équipes médico-chirurgicales.

Ces pionniers, dont il faut saluer la mémoire, pensaient aussi aux échanges nationaux et internationaux sans oublier l'échelon local, à travers des sociétés d'organe dont le Club Thorax fut un exemple. Parmi eux, rappelons quelques noms qui marquèrent cette époque: M Laval-Jeantet, H Nahum, M Geindre, V Bismuth, tous disparus aujourd'hui, et surtout mon ami et compatriote JL Lamarque, ineffable créateur dans une discipline dont il aura marqué son époque et, « last but not least », qui sut amener JP Sénac jusqu’aux rives de la radiologie thoracique où il est devenu mon ami. N'oublions pas aussi tous ceux qui, d'une génération plus ancienne, s'employèrent à faire réussir ce vaste projet : F Pinet, M Tubiana, G Delorme et J Lefebvre.

C'est de cette subtile alliance entre Anciens et Modernes que naquit un jour de 1969 le CERF qui fut, au temps du Far West radiologique, une vraie table d'orientation du Radiodiagnostic. Lorsque, jeune agrégé, on m'invita au Club Thorax, je fus honoré mais je ne perçus pas immédiatement tout ce que cela représentait en réalité. Je ne regrette rien de ma carrière de radiologiste d'organe qui m'a apporté les plus belles satisfactions de l'esprit comme celles de l'amitié en un temps où, il est vrai, l'on célébrait au moins autant l'action collective que la réussite individuelle.

Je voudrais achever ce retour vers le passé en évoquant les premières Semaines consacrées à la radiologie thoracique qui se tinrent chaque année à Davos, en période hivernale, à partir de 1970, car elles eurent une grande influence sur la légitimité du Club Thorax par l'impulsion extraordinaire, à tous les points de vue, qu'elles donnèrent à ses membres qui eurent la révélation de ce qu'il restait à accomplir pour « avoir le niveau ». Rares étaient ceux qui, à cette époque, avaient séjourné aux E.U. ou au Canada et pouvaient se prévaloir d'une lecture de la RT qui prenne en compte à la fois les données contribuant à la formation de l'image, les données physiologiques vasculaires et respiratoires, les corrélations radio-anatomiques et histologiques normales et pathologiques.

Or, le diagnostic reposait en ces temps préscanographiques d'abord sur la RT analogique qui, la plupart du temps était pratiquée en moyenne tension. La HT était encore peu répandue et l'usage du filtre médiastinal réservé à quelque initiés. La tomographie multi-plans était d'un apport variable selon le type de lésion. Angiographie pulmonaire, artériographie bronchique et bronchographie étaient réputés invasifs, pratiqués en deuxième intention. En France, l'interprétation d'une RT était dans bien des cas l'apanage du pneumologue qui, trop souvent, pratiquait dans son cabinet les examens radiologiques. La lecture reposait sur un florilège d'expressions dénuées de valeur scientifique. Or, sans que la majorité des radiologues et des pneumologues ait pu en prendre connaissance, une nouvelle séméiologie avait été édifiée, notamment au Canada (Fraser et Paré) et aux E.U. (B Felson, HR Heitzman). Ces connaissances avaient aussi gagné les pays scandinaves et la G.B !

Pour ceux et celles qui participèrent aux Semaines de Davos, j'en fus dès le début, la démonstration fut une révélation. Elle fit naître le besoin de reproduire autour d'eux tout ce que nous livraient ces enseignants anglophones, de façon tellement évidente à partir d'un support aussi simple qu'une RT, debout et HT. L'évidence était telle que la langue n'était plus un obstacle. Le soir, nous traduisions les polycopiés pour comprendre ce que le jour n'avait pas éclairé ! Une librairie accompagnait très opportunément ces premiers « Davos » : elle fut dévalisée en peu de jours ! La présentation de Moris Simon, sur la lecture normale et pathologique de la vascularisation pulmonaire, eut un très grand succès.

Le séjour à Davos était d'une semaine pleine que nous partagions entre neige et travail intensif en cours pléniers et ateliers. Les cours du change étaient encore favorables, ce qui permettait d'agrémenter notre séjour en ville. Tout cela favorisait les échanges entre participants, radiologues ou pneumologues universitaires, qui se lièrent autour de l'excellence et de l'évidence du progrès pour faire diffuser auprès de leurs collègues respectifs ce parfum d'actualité. On vit alors des pneumologues universitaires, de même génération que la nôtre, devenir des alliés objectifs de notre discipline, régénérée à l'air des sommets suisses. C'est à cette occasion que je fis la connaissance du Pr Jeannin, pneumologue au CHU de Dijon, avec qui les relations furent durables. Nous avions tous hâte de communiquer « les Évangiles ».

Ce fut le cas à Grenoble où le Pr M Geindre, dont j'étais l’élève dans le domaine de l'angiographie digestive (ma thèse avait porté en 1968 sur 250 explorations de l’artère hépatique), accepta d'organiser en 1972 à Grenoble, avec son jeune agrégé, les « Actualités en pneumo-radiologie » auxquelles participèrent tous les membres du Club Thorax, l'École pneumologique locale, celle de Dijon et, importante présence, le Pr grenoblois d'anatomopathologie qui m'avait aidé à réaliser des corrélations radio-histologiques. Une exposition scientifique permettait de découvrir cette nouvelle séméiologie dans le hall d'entée : elle eut un immense succès auprès des participants venus de la France entière, radiologistes et nombreux pneumologues. La Nouvelle Radiologie était illustrée sur un poster où figuraient ensemble : une RT de rayon de miel, la pièce anatomique, les coupes histologique et un gâteau de miel naturel.

Tout était dit ! Nombre de textes qui furent ensuite publiés dans « Annales de Radiologie » apparaissent aujourd'hui comme le premier canevas de ceux qui figurent dans le Tome I du Traité de Fischgold paru en 1977.

Mais dés la fin des années 1970 une nouvelle aventure, riche d'espoirs pour le Radio-diagnostic, était en préparation au LETI-CEA de Grenoble, pour le compte de la CGR, aujourd'hui absorbée par GE. Celle de la tomodensitométrie ! Grâce à l'action de M.Geindre nous eûmes la chance d'évaluer ce prototype français dont le temps d'acquisition-rotation était de 12...secondes sur une matrice 256. Seule l'exploration du médiastin et de la paroi étaient acceptable : je pus montrer les premières images au Club Thorax dés 1979, avec à l'appui les magnifiques préparations anatomiques en coupes transverses du Pr R. Sarrazin, car le pli des corrélations était pris. Les améliorations techniques n'allaient pas tarder ; elles allaient confirmer la redoutable efficacité de la TDMHR en pathologie pulmonaire.

JP Sénac
Origine du club thorax (1980-2000)

Souvenirs sur les origines

Je suis rentré au Club Thorax dans les années 80. C’est Jacques Rémy qui m’a coopté. Le Club Thorax était alors un collectif de médecins experts en radiologie/imagerie thoracique sans statut particulier, où l’on entrait par cooptation et dont Max Coulomb a raconté les débuts. Comme il l’a précisé, son but était l’enrichissement mutuel par présentations de dossiers exceptionnels et/ou pédagogiques.

Du fait de mon orientation clinique et pour répondre aux directives édictées par le C.E.R.F. (radiologie clinique regroupant diverses spécialités d’organe), le professeur Jean-Louis Lamarque m’avait confié à Montpellier la spécialité d’organe : thorax et cardio-vasculaire. Dans un premier temps et ce sera l’objet de ma thèse, j’ai développé l’angiographie pulmonaire et l’angiographie bronchique. J’avais acquis en artériographie bronchique diagnostique une des plus grande expérience française, plus tard complétée par l’embolisation thérapeutique que je débutais en parallèle avec l’équipe de Jacques Remy à Lille et de Max Coulomb à Grenoble.

Le professeur Max Coulomb a évoqué la naissance du Club Thorax à une époque où le scanner X était encore une technique en devenir. Quelques dix ans plus tard mon entrée au Club Thorax coïncidait avec le développement de l’utilisation du Scanner X en pathologie thoracique.

L’arrivée du scanner X dans cette spécialité irritait un peu certains de nos maîtres radiologues devenus champions dans la lecture du cliché standard. L’un d’eux pensait que le scanner X n’était intéressant que pour l’étude du médiastin. Il faut reconnaître que les premières images de tomodensitométrie thoracique étaient assez grossières. L’avenir et les perfectionnements rapides de la technique ne lui donneront pas raison.

Mais la résistance venait surtout des pneumologues qui voyaient disparaître des techniques qui leur appartenaient comme la bronchographie et surtout la tomographie. La résistance fut forte de ce côté là, mais, comme les résultats même balbutiants du scanner X commençaient à s’imposer en permettant des études jusque là impossibles qui bouleversaient le diagnostic et même certaines classifications nosologiques comme celle des atteintes interstitielles parenchymateuses, il fallut bien se rendre à l’évidence.

Après un temps d’observation les pneumologues furent convaincus de la validité de la méthode et comprirent qu’il était essentiel de se former en tomodensitométrie thoracique. Cela fit le succès des enseignements dispensés sur ce sujet par des radiologues issus du Club Thorax.

C’est ainsi que nous avons créé Max Coulomb et moi-même, les Ateliers de Tomodensitométrie Thoraciques entre Grenoble et Montpellier avec la participation de nos élèves respectifs : Gilbert Ferretti et Jacques Giron. Je reviendrai sur ce sujet.

Mais revenons aux séances du Club Thorax. Comme Max Coulomb les a bien décrites, je ne rajouterai que quelques détails. Elles se déroulaient en effet le samedi matin à l’hôpital Necker à Paris (hôpital des enfants malades). N’étaient envisagé que très peu de séances en province. À ce sujet J’ai eu le privilège de recevoir le Club Thorax à la Grande Motte prés de Montpellier.

Les séances que j’ai connues se déroulaient de la façon suivante : au rythme des arrivées (les parisiens n’étaient pas toujours les premiers… !) nous nous regroupions autour d’un négatoscope chacun avec ses dossiers sous le bras. L’un d’entre nous, souvent un parisien arrivé avant les autres (Pascal Lacombe par exemple) dirigeait les présentations. L’ambiance était amicale, conviviale, nous nous appelions tous par nos prénoms. Les plaisanteries n’étaient pas rares.

Chaque participant présentait un dossier de son choix qui comportait divers examens d’imagerie. Durant la présentation les hypothèses diagnostiques fusaient parmi les participants puis après un temps d’observation le présentateur livrait le diagnostic final qui très souvent surprenait et donnait lieu à des commentaires plus ou moins fournis.

Puis en fin de séance, comme l’a évoqué Max Coulomb, on choisissait les dossiers les plus intéressants qu’on faisait dupliquer pour tous afin de se constituer comme le disait Jacques Giron un « petit trésor pédagogique ».

Parmi les participants de mon époque j’ai rencontré quelques « anciens » comme Pierre Bernadac dont a parlé avec beaucoup de justesse Max Coulomb. Puis des nouveaux dont le nombre s’est accru avec le temps. Parmi ceux-là citons :

  • - . Pascal Lacombe parisien très présent avec de nombreux dossiers de pathologie vasculaire pulmonaire, spécialiste des complications pulmonaires de la maladie de Behcet.
  • - . Philippe Grenier la référence parisienne.
  • - . Marie-France Carette de l’hôpital Tenon de Paris.
  • - . Pierre Alain Genevois radiologue suisse qui était responsable du département d’imagerie dans l’European Respiratory Society et qui veillait jalousement sur cette fonction.
  • - . Mostafa El Hajam parisien.
  • - . Bernard Padovani radiologue universitaire de Nice.
  • - . Gilbert Ferretti de Grenoble élève de Max Coulomb.
  • - . Jacques Frija de Paris.
  • - . Michel Brauner de Paris, spécialiste de la Sarcoidose.
  • - . Antoine Khalil de Paris.
  • - . Jacques Giron mon collaborateur.
  • - . Liliane Metge radiologue à Nîmes chez mon ami François Lopez.
  • - . Pierre Fajadet, un ami de Jacques Giron radiologue libéral à Toulouse à l’exubérance toute méridionale.
  • - . Gérard Durand pneumologue à Béziers.

Si j’ai oublié quelqu’un qu’il ne m’en tienne pas rigueur. Je voudrais maintenant insister sur quatre figures du Club thorax de cette époque.

Max Coulomb

Tout d’abord Max Coulomb qui fut une figure marquante de l’imagerie thoracique de cette époque. Nous avons tous les deux des origines montpelliéraines mais Max fit toute sa carrière à Grenoble, moi à Montpellier. Comme il l’évoque lui-même, Max a été très influencé par les travaux des radiologues anglo-saxons en particulier lors des séminaires de Davos, il élabora ainsi une séméiologie très sophistiquée du cliché standard basée sur l’anatomie et la physiologie thoracique.

Ses nombreuses interventions lors des manifestations de notre discipline lui valurent une réputation méritée auprès des radiologues mais aussi auprès des pneumologues. Max possédait en outre un art oratoire peu commun : il savait communiquer son enthousiasme à l’assistance et terminait toujours ses exposés par une formule éclatante qui frappait les esprits. Certains de ses aphorismes sont restés longtemps dans la mémoires des radiologues et des pneumologues qui assistaient à ses cours comme « Le flirt n’est pas la pénétration… ! » ce qui voulait dire qu’une tumeur peut se situer au contact d’un organe sans le pénétrer.

Max Coulomb était très apprécié pour l’originalité et la qualité de ses présentations. Il avait très tôt compris l’intérêt du scanner X dans l’étude des pathologies thoraciques et ce dès les balbutiements de la méthode. C’est à ce moment là que nous avons créé ensemble les ateliers de Tomodensitométrie thoracique qui se dérouleront tantôt à Grenoble tantôt à Montpellier. Nous avons été secondés dans cette démarche par nos collaborateurs/élèves respectifs Gilbert Ferretti pour Max et Jacques Giron et Claudine Bousquet pour moi.

Au début Jacques Giron, Claudine Bousquet et moi-même étions très impressionnés par le professionnalisme de Max. Pour les raisons déjà évoquées, c’était difficile de lui succéder au pupitre, mais il fallait s’y contraindre. Dans son style chacun avait des qualités. Par exemple Jacques Giron était brouillon, ses diapos n’avaient pas la perfection de celles de Max, néanmoins il savait capter le public par sa volonté de faire passer des idées qui pour la plupart éveillaient d’intéressants problèmes. Avec le temps, nous avons appris à nous apprécier et comme le succès était au rendez-vous nous avons trouvé un juste équilibre qui contentait tous les participants.

Nous avions pris aussi l’habitude de solliciter la participation d’autres membres du Club Thorax comme Pierre Bernadac qui venait de Nancy pour nous faire un exposé général sur l’imagerie médicale, exposé plein d’humour et d’érudition (Il soutenait par exemple que le pointillisme en peinture était l’ancêtre de l’image numérique pixéllisée). C’est aussi à l’occasion de ces rencontres que nous nous sommes devenus amis. Max et sa charmante épouse nous recevaient chez eux avec beaucoup de chaleur et d’amitié. Beaucoup de soirées très agréables dans leur bel appartement passées à discuter de divers sujets car Max étaient très érudit et sa femme ancienne journaliste suivait un cursus d’histoire de l’art.

Puis ces ateliers de tomodensitométrie thoracique se sont éteints d’eux-mêmes. Il arriva un temps en effet où les radiologues se sentirent capables de réaliser et de lire les scanners thoraciques comme les pneumologues sur leur ordinateur. Le radiologue reste néanmoins indispensable lors des staffs multidisciplinaires (RCP) pour orienter les diagnostics et programmer des ponctions biopsiques.

Jacques Giron

J’ai déjà évoqué Jacques Giron lors de sa disparition mais je voudrais revenir sur quelques aspects de son personnage. Tout d’abord il s’agit de quelqu’un d’extraordinaire qui connut une vie romanesque. Pour des raisons que je ne connais pas mais que j’imagine (père réfugié espagnol certainement républicain…) Jacques sera fidèle toute sa vie à un engagement militant communiste et anarchiste. En mai 1968 il fera parler de lui à Toulouse de telle manière que bien qu’ancien interne des hôpitaux de Toulouse il n’obtiendra pas de poste d’assistant chef de clinique.

Passé en Espagne pour distribuer des tracts anti-franquistes, il connaîtra les geôles de Franco dont il sera libéré après une mobilisation de ses camarades toulousains (Toulouse se couvrit à l’époque d’affiches réclamant la libération de Giron). Après une affectation à la clinique de la Feuilleraie à Marseille (clinique gérée par la C.G.T.) Jacques Giron était toujours à la recherche d’un poste d’assistant hospitalo-universitaire.

Francis Joffre jeune agrégé toulousain me le proposa pour un poste vacant dans mon service. Après de brèves présentations j’accepta et, d’emblée, je ne le regretta pas. Jacques Giron était un gros travailleur pas avare de son temps, très entreprenant et inventif, (par exemple nous avons été les premiers à pratiquer les ponctions biopsiques guidées par le scanner X) de plus il s’attacha à moi comme un ami.

Sous des aspects bourrus et coléreux (porc-épic), Il était d’un commerce très agréable, cultivé acceptant la controverse, l’inverse de quelqu’un de sectaire. Lors de tous les déplacements que nous faisons en voiture pour aller à des congrès ou des E.P.U. (spontanément Jacques Giron m’accompagnait dans tous mes déplacements professionnels même s’il n’était pas prévu qu’il y prenne la parole) nous avons le loisir de nous connaître et de nous apprécier. En fait, malgré notre différence de fond, nous partagions beaucoup d’idées et de points de vue. C’est au cours de ces échanges que nous avons formé le projet de diriger le premier livre français sur le scanner X qui sortit en décembre 1985 : Tomodensitométrie Thoracique ed Axone.

Je garde de Jacques Giron le souvenir d’un homme de convictions (qui n’étaient pas les miennes, je le précise) d’un homme courageux, droit et honnête comme j’ai pu le constater dans des circonstances pénibles.

Liliane Metge

Comme pour Jacques Giron c’est sur ma proposition que Liliane Metge a été cooptée au Club Thorax. Liliane Metge était l’assistante de mon ami le professeur Francois Lopez dans le service d’imagerie médicale de l’hôpital de Nîmes. Très tôt elle s’orienta vers l’imagerie thoracique au sein de l’équipe nîmoise. Montpellier-Nimes c’est la même faculté. François Lopez et moi-même sommes des élèves de Jean-Louis Lamarque. Nimes et Montpellier sont distants de 40 Km (une demi-heure par l’autoroute) Tout cela rend compte de notre étroite collaboration.

C’est ainsi que j’ai pu apprécier ses qualités. Une intelligence très vive servie par une grande érudition. Toujours des réflexions pertinentes et inventives. Un travail soigné et méticuleux. Tout cela agrémenté par un contact très agréable (sympathie et discrétion).

Liliane fut très présente aux séances du Club Thorax et eut la gentillesse de m’inviter lorsque le Club Thorax se déplaça à Nîmes. Nos relations professionnelles et amicales se poursuivirent lorsqu’elle fut en pré-retraite à l’hôpital de Nîmes, en particulier pour la rédaction d’un livre d’images du corps humain in vivo (Voyage au Centre du corps humain. Archipress édition 2020).

Gérard Durand

Le cas Gérard Durand est particulier. En effet Gérard est un pneumologue qui s’est pris de passion pour l’imagerie. Je l’ai connu à travers mon ami Henri Mary chirurgien thoracique et vasculaire quand nous avons travaillé ensemble sur le premier scanner x Pfizer localisé dans le service du professeur Lamarque a l’hôpital Saint Eloi. Henri alors en vacance de bloc opératoire découvrait avec moi les coupes thoraciques.

Ses connaissances anatomiques et pathologiques nous étaient très utiles. Nous recevions des malades de toute origine, mais Henri appréciait particulièrement les patients adressés par un certain Gérard Durand pneumologue à Béziers. « Tous ses malades sont très bien explorés et cadrés, pour ça tu peux lui faire confiance c’est un des meilleurs pneumo de la région… ! » Excellent pneumologue mais aussi très attiré par l’imagerie medicale et la pédagogie (il aurait été un brillant universitaire s’il avait choisi cette voie).

Nous nous sommes rencontrés à l’occasion de manifestations d’enseignement et, devant son orientation je lui ai proposé des vacations dans mon service, vacations qu’il effectua avec régularité et ce bien après mon départ à la retraite. Certains esprits chagrins, radiologues médiocres pour la plupart critiquèrent cette attitude prédisant que sous peu les pneumologues allaient remplacer les radiologues sur les consoles de scanner comme cela se produit malheureusement dans certains établissements pour le coroscanner.

Or une telle éventualité ne se réalisa pas, par contre les pneumologues attachés à mon service comme Gérard Durand mais aussi Olivier Benezet, Michel Terol et Pierre Zerbib furent de précieux collaborateurs pour interpréter les premiers scanners thoraciques et pour participer à l’élaboration de la nouvelle séméiologie tomodensitométrique des affections thoracique.

Nous avions des vacations sur le scanner le moins prestigieux du nouveau service flambant neuf très bien équipé du Professeur Lamarque à l’hôpital Lapeyronnie, le scanner CGR CE-9000, scanner qui avait été imposé par la direction des hôpitaux car d’origine française (Compagnie Générale de Radiologie). Or il se révéla que cet appareil indiscutablement plus lent que son voisin allemand Siemens, possédait une définition spatiale remarquable ce qui nous permit une étude précise du parenchyme pulmonaire en utilisant des coupes millimétriques. Nous fûmes alors une des première équipe française à démontrer l’intérêt des coupes millimetriques dans l’étude du parenchyme pulmonaire et des maladies interstitielles pulmonaires.

Notre petite équipe était composée du côté radiologique en dehors de Jacques Giron et de moi-même de Claudine Bousquet qui fut une collaboratrice très appréciée par sa compétence et sa gentillesse. Que d’enthousiasme autour de la console du Scanner X, enthousiasme contagieux et convivial qui gagnait les manipulateurs. Nous formions un groupe d’amis qui sélectionnaient en particulier les dossiers que j’amenais au Club Thorax et avec Jacques Giron quand il en fit partie.

Au retour du Club nous avions l’habitude d’examiner et de commenter les dossiers présentés qui constituaient un « trésor pédagogique » très utile pour l’enseignement. Une autre qualité de Gérard Durand fut son rôle d’interface avec le milieu pneumologique (praticiens, sociétés savantes et laboratoires etc…). Dans sa propre discipline il fut reconnu comme spécialiste en imagerie pneumologique.

Grace a lui et avec lui nous avons participé chaque année en parallèle aux congrès radiologiques à tous les congrès de pneumologie nationaux et européens. Gérard Durand, Jacques Giron et moi-même formions un trio inséparable présentant souvent des cas radio-cliqués aux participants de ces congrès. C’est aussi pour ces raisons que nous avons été sollicités pour rédiger des brochures destinées aux pneumologues.

Gérard Durand n’a pas le caractère emporté et ombrageux de Jacques Giron, c’est un homme courtois, cultivé, de commerce agréable un musicien qui nous régalais avec son groupe de rock lors des mondanités rattachées aux manifestations scientifiques. De par son érudition et son ouverture d’esprit il a toute sa place au sein du Club Thorax nouvelle formule.

Voilà un aperçu de ce que fut mon vécu au Club Thorax à une époque de transition qui connut l’arrivée du Scanner x et les transformations exceptionnelles que l’arrivée de cette nouvelle technique apporta. Ma participation au Club Thorax fut une expérience bien enrichissante sur le plan scientifique et sur le plan humain.

- 5-6 réunions annuelles (rythme initial des échanges conviviaux dans les années 1970-1980)

- 1 congrès majeur par an (Un rendez-vous incontournable chaque année)

- 14 membres du comité éditorial (14 pionniers pour guider l'innovation)

Une vraie odyssée en imagerie thoracique

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Club Thorax
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Créée officiellement en 2008, loi 1901

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